La Balade au Grand Palais : dans les illusions de Leandro Erlich
On y est allées un peu par curiosité. On en est reparties en se demandant, sérieusement, si ce qu’on venait de voir existait vraiment.
Une première en France, longtemps attendue ailleurs
Le Grand Palais consacre à Leandro Erlich sa toute première rétrospective monographique en France, du 2 juin au 6 septembre 2026. L’exposition réunit quatorze installations monumentales, choisies par le commissaire Fabrice Bousteau, directeur de Beaux Arts Magazine, qui signe d’ailleurs sur les cartels un texte personnel sur sa rencontre avec l’œuvre d’Erlich, il y a plus de vingt ans, dans une petite galerie du Marais.
Le concept : vous n’êtes pas visiteur, vous êtes acteur
Ce qui frappe d’emblée, c’est que rien n’est fait pour être seulement regardé. Le parcours s’ouvre dans l’obscurité, sur Port of Reflections : de petites barques semblent flotter sur une eau noire et silencieuse — sauf qu’il n’y a pas d’eau du tout. Un mécanisme caché fait osciller les coques pour imiter le rythme des vagues, et ce qu’on prend pour leur reflet appartient en réalité à la sculpture elle-même.

Et c’est là tout le principe Erlich : il ne cache jamais son « truc ». Contrairement à un magicien, l’artiste révèle toujours le mécanisme derrière l’illusion — un système de miroirs, une structure métallique, une caméra bien placée. Ce qui rend l’expérience plus troublante, pas moins.
Ce qui frappe : des œuvres qu’on active soi-même

Bâtiment (2004), la pièce la plus emblématique de l’artiste, en est l’exemple parfait : une façade d’immeuble posée à plat au sol, surmontée d’un immense miroir incliné à 45 degrés. Résultat : les visiteurs grimpent « horizontalement » sur la façade, et le miroir les redresse en une image vertigineuse — cascadeurs, illusionnistes ou simples touristes en quête d’un selfie improbable. Sans le public, l’œuvre n’existe pas ; c’est un cadre vide, une mise en scène. Erlich le dit lui-même sur l’un des cartels : sans l’interaction du spectateur, il n’y a « pas d’art à proprement parler ».
Même logique avec Swimming Pool, sa pièce la plus connue (présentée à la Biennale de Venise en 2001) : une piscine grandeur nature où certains visiteurs semblent marcher, debout, sous l’eau, pendant que d’autres les observent depuis la surface. Ou avec Infinite Staircase (2020), un escalier grandeur nature basculé à 90 degrés, qui donne l’illusion vertigineuse de regarder dans le vide — sans jamais vraiment tomber.


Ce que l’on aime particulièrement
Ce qu’on retient surtout, c’est la tendresse qui se glisse derrière le vertige. Maison Fond, créée pour la conférence des Nations Unies sur le climat en 2015, montre un immeuble parisien littéralement « fondu » — un jeu de mots avec « mes enfants » que Erlich assume pleinement. Juste à côté, Pulled by the Roots : une maison suspendue par une grue, ses fondations remplacées par des racines, pensée comme une image directe du déracinement vécu par les réfugiés. Deux œuvres ludiques en apparence, mais qui portent, sans lourdeur, une vraie inquiétude sur le monde.



Infos pratiques
- Où : Grand Palais, Paris
- Quand : jusqu’au 6 septembre 2026, tous les jours de 10h à 20h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h)
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